You are here:   Home Chronique

Newsflash


Nécrologie: Le président national de la Nacam annonce les décès : 1) a/ Du père de la présidente de la section Nacam de nkong Ni, l'enterrement aura lieu le Samedi 24 Juin 2017. ****************************** b/ De la belle mère du chroniqueur de la Nacam, le dr Fossouo Pascal, l'enterrement aura lieu le Samedi 24 Juin 2017. ****************************** 2) Réunion du Bureau Elargi de la Nacam à Ebolowa le Samedi 22 Juillet 2017 à 18 H. ****************************** 3) il nous a été annoncé le décès de Mme MOGOUNG Mélanie membre de la chorale voix de l’éternel de Sangmélima. L’inhumation a eu lieu le 06 janvier 2017 et le culte d’action de grâce aura lieu le 18 juin prochain. ******************************

le chemin de l'évangile

Recherche

Chronique

Thursday, 26 April 2012 18:09 administrator
Print PDF

 

Conférence tenue à Bandjoun, le 6-12-13 sur le thème: Continuité entre Evangile et Culture

La qualité de la relation qui existe entre Evangile et Culture est au cœur de la pratique de la foi chrétienne chez un peuple. L’Evangile qui est la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ rencontre un peuple déjà existant et bien conscient de la présence réelle de Dieu. Le proverbe suivant : «Mo te ne vok mu’ nue be o jyie a nue a, Sii ne nkwitae ; se tirer sain et sauf d’un étau dangereux ne relève pas de la sagesse humaine seulement, mais c’est à cause d’un secours venant de Dieu». Chaque peuple et par conséquence, chaque individu est prêt à repérer dans son itinéraire de vie, les actes de salut venant de Dieu.

Lorsque Dieu intervient dans la vie d’un individu ou de celle d’un peuple, il y a des témoins humains, des symboles artistiques sous forme de sculptures, de chant ou de danse .Il y a aussi des expressions orales et des rituels religieux qui facilitent la communication des œuvres de Dieu d’un individu à un autre, et d’une génération à une autre chez un même peuple. L’incarnation de Christ est un événement qui permet à tout peuple de relire son histoire de vie et de comprendre combien l’amour de Dieu les a toujours accompagnés tout au long de leur existence. Il nous revient de suivre le programme établi par les organisateurs de cette conférence et de développer les éléments de continuité qui peuvent soutenir une présence durable de l’Evangile chez nous.

 

I- Continuité à partir de la vie de certains personnages de l’Ancien Testament

I.1- La préexistence de Jésus-Christ

Jésus-Christ notre Seigneur, n’est pas seulement un personnage biblique, mais il en est l’objet principal direct et indirect, le sujet de tout le contenu biblique et c’est lui qui y agit de façon déterminante à travers les serviteurs et les enfants de Dieu interposés. Il est l’Alpha et l’Omega de toute la création ainsi que de toutes choses. Il est celui qui était qui est et qui vient. En d’autres termes, la préexistence de Christ, son incarnation et son retour eschatologique servent de fondements à notre croyance en une continuité entre Evangile et Culture. Un jour, Jésus était en pour-parlée avec les autorités religieuses de la nation juive. Cette histoire nous est racontée dans Jean au chapitre 8 des versets 48 à 59. Précisément aux versets 56 à 58 nous lisons: « (Jésus leur dit) Abraham votre père a tressailli de joie de ce qu’il verrait mon jour : il l’a vu et il s’est réjoui. Les juifs lui dirent : tu n’as pas encore 50 ans et tu as vu Abraham! Jésus leur dit: En vérité, en vérité, je vous le dis, avant que Abraham fut, je suis ».

Jésus qui était au commencement avec Dieu et celui par qui tout a existé est la personne qui conduit ce qui existe déjà au salut selon le cœur de Dieu. Un père de l’Eglise, Justin Martyr a montré à partir de la préexistence de Jésus qu’il est aussi le sauveur des Grecs autant qu’il est celui des Juifs. Il avait déployé des efforts pour répondre à la question suivante : Quelle relation y a-t-il entre Jérusalem et Athènes? Pourquoi un homme meurt à Jérusalem et on l’adore dans la capitale intellectuelle de la Grèce qui est Athènes? Alors Justin a pu démontrer que tout comme Jésus est l’accomplissement des prophéties juives, il est la solution aux aspirations des Grands Philosophes que la Grèce a connus. Il a pu affirmer que Pythagore, Socrate, Platon, Aristote, Zénon et Epicure sont des chrétiens avant l’incarnation de Christ.

Ceci veut dire que si nous scrutons avec foi notre passé, nous y trouverons des chrétiens avant la prédication missionnaire, avant l’administration des sacrements et avant la traduction de la Bible. Nos parents dans leur soif de Dieu ont cherché à voir ce jour. Ils l’ont vu avec le Christ préexistant. Car il faut que «tout ce qui est vrai, tout ce qui est honorable, tout ce qui est juste, tout ce qui est pur, tout ce qui est aimable, tout ce qui mérite l’approbation, tout ce qui est vertueux et digne de louange soit l’objet de vos pensées (Philippines 4 : 8)». On trouve aussi ce qui est bon et agréable à Dieu dans notre passé culturel et religieux. Dieu a donc révélé à nos parents, des moyens de vivre et de vivre en abondance à l’abri des forces de destruction. Ils l’ont compris de façon authentique et ont répondu en mettant sur pied une culture qui prend sa source en ce Dieu d’amour qui est source de vie. Si Jésus par sa préexistence et son retour glorieux sert de fondement inaliénable pour affirmer qu’il y a continuité entre Evangile et Culture, voyons en ce qui se passe dans la vie d’Abraham.

I.2- Continuité dans la vie d’Abraham et de celle de Jérémie

Parler de continuité ne veut pas dire qu’on néglige l’aspect de la discontinuité et des ruptures. C’est plutôt dire qu’en Jésus-Christ, il n’y a pas de rupture totale. Si Abraham doit quitter sa famille et sa patrie pour aller sous ordre de Dieu s’établir à Canaan, lorsqu’Isaac atteindra l’âge de se marier, Abraham exigera qu’on lui trouve une femme dans sa patrie d’origine. Par les liens de mariage, il y a continuité dans la vie d’Abraham. La longue séparation géographique et spirituelle n’était pas totale et on ne peut en exiger chez qui que ce soit ni chez quelque peuple que ce soit. Un philosophe Grec a affirmé ce qui suit Panta Rei pour dire que tout coule, tout est continu et par conséquence, il n’y pas dans le cours de l’existence culturelle et religieuse d’un individu une rupture totale. Dieu est donc continu. C’est pourquoi il n’a ni commencement ni fin.

Cette affirmation se confirme davantage avec la langue Bamoun qui désigne Dieu par le vocable Nyinyi qui veut dire étymologiquement marche-marche. C’est-à-dire que Dieu est un être qui marche continuellement. Il est toujours en mouvement. En lui la vie coule et est toujours continue. En regardant à la vie matérielle d’Abraham, ses biens acquis à Charan dans la maison de ses parents, ce sont seulement multipliés et ont été mieux utilisés pour démontrer à tous que Dieu est celui qui bénit Abraham. Dieu intervient sur ce qui existe déjà. Si la terre de Canaan est nouvelle pour Abraham, elle est ancienne pour ceux qui l’ont accueilli sous fond de transactions humaines et de bénédictions divines partagées. La paisible et riche existence que mènera Isaac prouvera qu’entre la pratique de la foi Abrahamique et la vie ambiante en Canaan, il y a continuité et non rupture totale.

Jérémie est le symbole de la continuité lorsqu’il nous faut tenir compte de la vocation dans la vie d’un serviteur de Dieu. Même s’il doit arracher et abattre, ruiner et détruire, il doit au même lieu bâtir et planter. En effet, voici ce qui est dit de lui : «Avant que je t’eusse formé dans le ventre de ta mère, je te connaissais, et avant que tu fusses sorti de son sein, je t’avais consacré prophète des nations…ne les crains point car je suis avec toi pour te délivrer (Jérémie 1 : 1-8)». La continuité dans la vie Jérémie provient humainement de la vocation que Dieu lui a donnée et spirituellement par la présence infaillible du Dieu qui délivre. La vocation est un autre mot qu’on utilise pour parler de l’appel ou de la prédestination. Dans ce sens, nous dirons que les actes de salut de notre Dieu ne connaissent pas de parenthèses. Au moment où on le croit absent, son absence est rempli des paroles déjà prononcées et des actes déjà posés. Dieu est par nature continu. La discontinuité vient de l’homme qui dans la distraction et le manque de sagesse peut ne pas saisir à temps l’opportunité qui lui est ainsi donnée pour se développer, pour agir et pour s’exprimer.

Jérémie qui est le prophète qui a le plus souffert après Jésus-Christ a mené une vie d’incompréhension continue avec ses compatriotes. Il a toujours vécu lié à eux par des conflits récurrents, jusqu’au moment de la déportation. On est donc continuellement lié à son peuple et à sa famille. Sachant que Dieu dans sa compassion continue va ramener le peuple après 70 ans et que les Israelites retourneront occuper le berceau de leur territoire, il n’a pas voulu quitter les lieux mais les liens d’appartenance à la même communauté ont poussé les autres à l’amener avec eux en Egypte où il mourut comme exilé malgré lui. Quoique le péché sépare l’homme d’avec Dieu, Jérémie est le prophète qui a pu montrer que, pour qu’il y ait continuité de relation ininterrompu entre Dieu et les humains, il faut le pardon. La grâce dont parle Luther et que prêchent les protestants est ce qui maintient une relation continue entre Dieu et l’homme qui par la culture peut se retrouver séparer de son créateur. Dieu ne punira plus le délinquant mais Il lui pardonnera.

C’est parce qu’il a su lutter contre la séparation et la rupture que Jérémie est le prophète par qui Dieu promet une Nouvelle Alliance à ses bien-aimés. Elle est ainsi articulée suivant la traduction de Louis Segond: « Voici les jours viennent où je ferai avec la maison d’Israël et de Juda une Nouvelle Alliance. Non comme l’Alliance que je traitais avec leurs pères, le jour où je les saisis par la main pour les faire sortir du pays d’Egypte, Alliance qu’ils ont violée quoique je fusse leur maître, dit l’Eternel. Mais voici la Nouvelle Alliance que je ferai avec la maison d’Israël, après ces jours-là dit l’Eternel : je mettrais ma loi au-dedans d’eux, je l’écrirais dans leur cœur ; et je continuerai à être leur Dieu et ils seront toujours mon peuple. Celui-ci n’enseignera plus son prochain, ni celui-là son frère en disant : Connaissez l’Eternel ; car tous me connaîtront depuis le plus petit jusqu’au plus grand, dit l’Eternel ; je pardonnerai leurs iniquités et je ne me souviendrais plus de leurs fautes (Jérémie 31 : 31-34)».

I.3- Josué et quelques références mémorables de l’histoire du Salut d’Israël et de Bandjoun

Les actes de salut venant de Dieu peuvent servir d’argument pour ramener à Dieu une personne ou tout un peuple qui était sur le point de rompre avec le Dieu qui les a toujours sauvés des situations périlleuses. Josué avait remarqué que la mémoire des actes de délivrance de l’Eternel s’amenuisait au milieu du peuple d’Israël. En ce moment où le peuple d’Israël était irrésolu et inconsistant dans la pratique de la foi en Yaweh, pour leur assurer une continuité, Josué les a convoqué au pied de la montagne du Seigneur pour rappeler à chacun comment Dieu les sauve continuellement. En se souvenant des actes divins de délivrances, alors chacun peut prendre ses engagements en ces termes : « Choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir. Moi et ma maison, nous servirons l’Eternel ». C’est ce que nous lisons au verset 15 du chapitre 24 de Josué. Comment est-il parvenu à se décider si résolument à servir continuellement le Seigneur ?

Il a regardé dans sa vie et a repéré les moments où Dieu l’a sauvé d’un péril difficile à éviter. Il a vu comment Moïse l’avait sauvé lorsqu’il se battait avec un inspecteur Egyptien. En effet, l’histoire raconte que ce jour-là, Moïse tua l’Egyptien alors que tout le poussait à tuer plutôt Josué, le juif. Lorsqu’on arriva au désert et qu’il fallait envoyer des espions au-devant pour repérer les positions des peuples à affronter, Josué n’a eu la vie sauve qu’à cause d’une prostituée qui risqua sa vie en les cachant et en les faisant partir. En tant que guerrier, il a expérimenté comment c’est en maintenant les mains de Moïse élevées que Israël a remporté la bataille contre les Amalécites (Exode 17 : 8-16). Ce n’est pas la force des armes ni la stratégie militaire, mais c’est Dieu qui donna à chaque moment, la victoire à Israël sous la conduite de Josué. Ayant vécu tout cela, Josué dit: moi Je servirais le Seigneur. C’est en comptant quelques bienfaits de Dieu dans sa vie qu’on s’engage avec consistance et qu’on prend une décision qui reflète une continuité dans les soins qu’on reçoit de Dieu.

La mémoire et le souvenir assure chez le croyant une vie chrétienne continue. Josué en savait le secret et s’il s’en était convaincu, il le faisait au su des membres de sa famille. Ces derniers en écoutant les hauts et les bas de la vie de leur papa, a compris davantage ce que c’est que vivre continuellement à l’ombre d’un Dieu Tout-Puissant. Toute la famille s’est aussi engagée. Le père, la mère, les enfants, les domestiques, les bergers et toute la maisonnée s’engagent parce que chacun peut pointer du doigt sur au moins un moment de sa vie où Dieu l’a sauvé lorsque tout prédisait la chute ou le péril. Josué sachant qu’il était en face des Israélites qui étaient irrésolu et inconsistant dans leur engagement, leur a parlé de leur histoire du salut en présentant les actes par lesquels Dieu a conduit Israël à être ce qu’il est de façon concrètement observable. En ce temps-là il leur a rappelé à partir du verset 13 que Dieu: 1- leur a donné un pays qu’ils n’ont pas cultivé ; 2- des villes qu’ils n’ont pas bâties et qu’ils habitent ; 3- des vignes et des oliviers qu’ils n’ont pas plantés et qui leur sert de nourriture. Or, le pays ou un territoire, la ville ou une sécurité pour vivre dans de belles maisons et enfin la nourriture ou un moyen pour vivre à l’aise et à satiété sont des dons de Dieu sans lesquels Israël n’aurait pas connu à Canaan cette existence régulière qu’on lui connaît.

Josué leur a rappelé ceci après avoir fait un parcours de l’histoire du salut d’Israël comme motivation préparatoire pour leur engagement à servir Dieu. Il commença par le père fondateur de la nation d’Israël : Abraham. Montra comment Dieu le sauva d’un côté de l’insignifiance en lui donnant Canaan et un riche bétail et de l’autre en le sauvant du souci de descendance en lui donnant une riche postérité à travers Esaü, Isaac, Jacob et ses 12 fils qui représentent les 12 tribus d’Israël. Il mentionna la descente en Egypte et la délivrance de l’esclavage avec la traversée éclatante et miraculeuse de la Mer Rouge sous la conduite de Moïse. Il a surtout insisté sur la reconquête du pays de Canaan avec Dieu brisant toutes les résistances en accordant la victoire et la gloire à Israël.

Après avoir raconté quelques œuvres de Dieu au milieu d’Israël, Josué en déclarant que lui et sa maison, ils ne serviront que ce Dieu et en demandant au peuple de choisir quel Dieu ils serviront,  tous comme un seul homme se sont engagés suivant les termes des versets 16 à 18 que nous lisons : « Le peuple lui répondit : loin de nous la pensée d’abandonner l’Eternel et de servir d’autres dieux! Car l’Eternel est notre Dieu ; c’est lui qui nous fait sortir du pays d’Egypte, de la maison des servitudes, nous et nos pères. C’est lui qui a opéré sous nos pieds de grands prodiges et qui nous a gardé pendant toute la route que nous avons suivie et parmi tous les peuples au milieu desquels nous sommes passés. Il a chassé devant nous tous les peuples et les Ammoréens qui habitaient ce pays. Nous aussi nous servirons l’Eternel, car il est notre Dieu ».

Cette conférence se déroule à Bandjoun à la suite des Msem Todjom. Msem Todjom est un ensemble d’activités étalées sur une semaine de huit jours. Elles ont pour but de célébrer l’ingéniosité, la finesse du savoir-faire et du savoir-être des Bandjoun. L’histoire nous raconte que Du’gneshom, un prince héritier Baleng était chasseur. Son père qui l’avait désigné comme successeur mourut lorsqu’il était allé à une partie de chasse avec ses hommes. Il dura longtemps au point où on a intronisé l’un de ses frères. A son arrivée, il s’est trouvé devant ce fait accompli et a toujours espéré être roi avant de mourir. S’élançant toujours dans la chasse, il arriva à Famleng qui était une forêt vierge. S’étant régalé avec ses hommes, il trouva le lendemain des termites de bonne augure dégustant les morceaux de viandes tombés au sol. C’était un signe que Dieu était avec lui. Il envoya l’information à son frère qui est devenu son père par les droits de succession et ce dernier se déplaça à sa rencontre et l’intronisa comme Roi sur un territoire fait d’herbes et d’arbres et sans aucun être humain.

Roi donc, il l’est devenu contre toute attente. Dieu est la force spirituelle qui donne une continuité réelle aux visons et aux testaments parentaux qui avaient trouvé que ce prince serait Roi. Du’gneshomencore appelé Notchuegom[1] est donc inévitablement devenu Fo-Du’gneshom ou Fo-Notchwegom, qui en abrégé est Fono. Spécialement béni, il devait avec l’aide de Dieu acheter les vaillants et les valeureux hommes et femmes de l’entourage pour se constituer une population. Etymologiquement, Bandjoun veut dire ceux et celles qu’on acquiert par achat. Les mettre ensemble nécessitait au-delà d’une ingéniosité humaine certaine, une irruption de Dieu pour faire régner l’harmonie au sein de la famille royale et au sein de la population. Cette affirmation peut être justifiée par l’existence des sacrifices de reconnaissances auxquels s’adonnent certains prêtres traditionnels de Baleng et de Bandjoun. C’est avec d’une part ces nouveaux hommes et d’autre part avec Dieu qui prend continuellement soin des humains que Fono a pu former un des grands villages de la Région.

Ce succès est la preuve que Dieu a intervenu en faveur de ce prince qui avait raté de succéder à son père. De péril en péril, Dieu a chaque fois intervenu en faveur de la famille royale et du peuple pour que Bandjoun soit ce que nous connaissons aujourd’hui. Si Dieu ne prenait pas particulièrement soin de nous à chaque moment, on ne parlerait plus de Bandjoun. La bénédiction de Jésus-Christ sur Bandjoun est continue et non discontinue. Elle commence dès les origines de Bandjoun jusqu’à la proclamation de l’Evangile en son sein, suivit de la formation d’une communauté chrétienne distincte au sein de la collectivité. Il revient donc aux fils et filles Bandjoun de le servir continuellement avec crainte et tremblement afin d’éviter une possible rupture. La lumière de l’Evangile de Jésus-Christ n’a jamais cessé de briller sur Bandjoun. Elle lui a toujours apporté un gain inestimable et chaque fois, inattendu.

Par exemple, le sort bienheureux réservé à la Faculté de Médecine de l’Université Evangélique du Cameroun à Bouo-Bandjoun est un miracle de Dieu. La commission d’inspection était venue pour la fermer et a fini par la suspendre seulement. Au moment où les partenaires déclaraient faillite, ils ont trouvé miraculeusement de l’argent nécessaire pour permettre aux Camerounais de construire avant la fin du mois de Juin 2014, les bâtiments pouvant répondre aux exigences de la commission pour que tout reprenne selon les règles de la formation médicale en Septembre 2014. La pose de la première pierre pour le début des travaux a eu lieu le Vendredi 6 Décembre 2013 en présence du Bureau de l’Eglise, du corps enseignant internationalement représentatif et des autorités administratives. C’est de cette manière que Dieu n’a jamais cessé d’intervenir dans Bandjoun depuis son existence.

« …Ce qui est, a déjà été et ce qui sera, a déjà été, et Dieu ramène ce qui est passé (Ecclésiastes 3 : 14 et 15)». Dieu se fait voir aujourd’hui parce qu’il a agi de façon remarquable à Bandjoun dans le passé. Ce qui est passé relève de la tradition d’un peuple. Les bonnes choses qui sous-tendent la vie d’un peuple ne peuvent revenir ou demeurer par bonheur qu’à cause d’une action déterminante de Dieu. Lorsqu’un aspect de la religion traditionnelle réapparaît dans la vie d’un chrétien ou de celle d’une communauté chrétienne, on peut dire avec assurance que Dieu n’a jamais cessé de rendre visite à ce peuple depuis le début de leur existence. Les actions de Dieu pour mettre en exergue ce qu’il a déjà révélé à un peuple est continu et sans interruption.

 

II- Continuité dans la vie de Paul et de certains pères de l’Eglise

II. 1- Paul

L’inattendu ou la surprise est un autre nom de Dieu qui opère toujours des miracles par le Christ Jésus et le Saint Esprit. Cette affirmation peut se vérifier dans la vie de Paul. Paul a commencé comme un ennemi de tout ce qui est lié à Jésus-Christ. Il s’est formé profondément pour défendre la tradition et la culture religieuse d’Israël. Lorsque Jésus le saisi sur la route de Damas, il s’y opère un grand miracle (Actes 9 : 1-22). Paul se converti. Les circonstances de sa conversion mentionnent des phénomènes cosmiques : Une lumière forte venant du ciel l’a ébloui. Il est donc aussi question des phénomènes physiques : Il tombe par terre, devint aveugle et après, les écailles vont sortir de ses yeux pour qu’il retrouve la vue. Il y a surtout eu dialogue sous fond d’une interpellation forte de Jésus que Paul persécute. Le miracle c’est que le même Paul avec les mêmes yeux continue de vivre et d’agir cette fois non pour la mission reçu du Sanhedrin, mais en faveur de Celui qu’il combattait avec acharnement. Il y a changement et même un changement profond, mais pas de rupture totale.

Jésus ne vient pas pour détruire mais pour transformer et la conversion à Christ ne saurait être réduite un acte de renonciation et d’abandon. Il s’agit de faire bon usage de ce qui est déjà là pour servir un autre but. Se convertir c’est être capable de réorienter ce qu’on est et tout ce qu’on a pour glorifier les œuvres de Jésus-Christ. Il y a continuité car la discontinuité n’est pas totale. Paul réoriente tout en lui pour se mettre résolument au service de Jésus-Christ. C’est en ce moment même qu’il lui donne l’occasion d’utiliser sa formation platonicienne, son droit de citoyen Romain et son potentiel de pharisien pour être le meilleur parmi les apôtres de son temps. Au moment où tout prônerait une rupture totale, la vie de Paul porte les marques d’une continuité remarquable dans ce que Paul est et représente. Il utilise les valeurs de vie acquises pendant les temps d’ignorance pour confesser sa foi au Roi des rois et Seigneurs des seigneurs qui est Jésus-Christ. Il en de même pour Augustin l’Evêque d’Hippone du 4ème siècle.

II. 2- Augustin d’Hippone

Augustin est né le 13 Novembre 354 de Patrice, son Père et de Monique, sa mère. Ces parents étaient tous des africains gagnée à la cause romaine et ils appartenaient à la classe moyenne de la société. Le père était un africain traditionaliste et la mère, une chrétienne dévouée et très pieuse. Accueillit dans ce monde par une situation religieuse difficile à réconcilier, Augustin a plus suivi son père qui s’est occupé de sa formation intellectuelle et civile. Pendant ce temps, sa mère s’était donnée pour devoir de prier pour lui et de lui démontrer un amour qui n’a pour source que Jésus-Christ. La formation d’Augustin le préparait à être un avocat défenseur dans les tribunaux romains. Il pouvait aussi être un phonéticien professionnel au sein du gouvernement impérial, car il était un des meilleurs étudiants ayant maîtrisé la grammaire et l’art de la rhétorique. Eloquent dans son expression orale Augustin qui était un communicateur hors pair à travers ses écrits a terminé sa formation au même moment que son père est mort en 388. C’est au dimanche de pâques 387 qu’Augustin le têtu aux yeux de sa mère s’est approché d’Ambroise de Milan pour recevoir le baptême.

Il est donc retourné à Carthage en Afrique dans sa région natale où il enseignait la grammaire, le droit et la rhétorique à l’université. Vivant à l’ombre de la forte et pieuse personnalité de sa mère il s’est aussi mis à appliquer les valeurs de sa formation pour comprendre et communiquer la doctrine et l’excellence de la foi chrétienne. A l’exemple de Paul, il s’est servi de sa riche formation juvénile pour dire qui est Christ à tous ceux et celles qui en avaient soif. Il a commencé par créer un monastère sur le terrain familial. A cause de son éloquence en latin, en 395, on l’a consacré coadjuteur du Monseigneur Valère, Evêque d’Hippone, qui ne s’exprimait qu’en grec. En 396, à la mort du Monseigneur Valère, Augustin sera ordonné Evêque d’Hippone. Ce sont les actes d’amour de Monique, les sacrements et les multiples ordinations publiques et spirituelles qui ont facilité en Augustin la réorientation de son passé pour propager le cœur, la pensée et l’éthique de Jésus-Christ. Chez Augustin comme chez Paul, il y a continuité et non rupture totale car leur passé intellectuel est continuellement mis au service de la nouvelle pratique de la foi en Jésus-Christ.

II. 3- Origène : «Pas de nouvelle case sans un vieux bambou»

Contrairement à Paul et Augustin, Origène est né de parents chrétiens de l’Eglise Copte d’Egypte. Il a grandi et s’est formé en tant que chrétien. Il est africain de naissance et de religion. Avant sa naissance les coptes de l’Afrique faisaient partie de l’Eglise Universelle. Origène s’est fait distinguer commele meilleur exégète de son temps. En lisant le passage d’Exode 36 et 37 qui parle de la construction du tabernacle dans le désert, Origène, ce père de l’Eglise a été si bien inspiré qu’il a fait remarquer qu’étant encore au désert, c’est avec l’or d’Egypte en Afrique que le peuple d’Israël a fabriqué les chérubins qui contiennent les deux tables de la loi. Et c’est toujours avec les tissus égyptiens qu’on a fabriqué les rideaux de l’Arche de l’Alliance qui est un autre nom pour désigner le Tabernacle. Pour lui, les matériaux du monde non-chrétien ont été utilisés pour honorer Dieu. Origène a démontré que la pratique de la nouvelle foi en Jésus-Christ ne peut être une réalité durable en un lieu que si les disciples se servent des symboles culturels et religieux de la religion traditionnelle.

En effet, les outils de notre passé culturel et religieux ne sont pas plus vieux que Jésus, le Christ qui a préexisté. Tout est fait pour la gloire de Dieu et si l’homme s’en sert mal, les disciples de Jésus-Christ sont appelés à les utiliser à bon escient dans une continuité sans rupture. Il ne faut pas bruler les symboles culturels car dans le Saint des Saints où le Grand Prêtre devrait prononcer le nom de Dieu une fois pendant un an, c’est l’or d’Afrique qui brille. Les parents de l’Afrique dans leur vie religieuse et culturelle n’ont hérité que de grande vérité. Dieu qui est, qui a été et qui vit continuellement est maître de l’histoire et est au cœur de toute activité religieuse. C’est lui qui inspire ses bien-aimés pour qu’ils se servent comme il faut des biens acquis pendant la période d’ignorance pour le glorifier et le faire reconnaître comme source de vie et de salut. Il revient aux serviteurs de Dieu, d’utiliser les outils du monde non-chrétien pour louer et faire connaîtreà toutes les nations de la terre qui est Dieu, le Père de notre Sauveur Jésus-Christ[2].

Les tam-tams, les balafons, la musique, les rythmes et les danses de chez nous appartiennent à la société traditionnelle. Avec les pasteurs Tetouom Abraham, Nkwinji Abel et les encouragements de Sœur Gisèle[3], ils ont fait de ses symboles culturels et religieux, des instruments pour adorer Dieu et pour amplifier la prédication de l’Evangile au-delà des quatre murs de l’Eglise. Il n’y a pas que le clergé qui a été sensibilisé pour réorienter le passé musical africain et le mettre au service de Jésus-Christ et de l’Evangile. Tous les compositeurs des cantiques Alléluia et Chantons comme Toutoulé de son vrai nom Njomen Benjamin et bien d’autres moniteurs méritent une mention spéciale. Ces recueils de cantiques sont les résultats des efforts des membres de l’atelier d’hymnologie qui se déploient lors des multiples camps nationaux de formation des moniteurs du culte d’enfants de l’Eglise Evangélique du Cameroun.

Il faut aussi apprécier les compositeurs des chants au sein des mouvements des jeunes, de l’UCJG (Union Chrétienne de Jeunes Gens) et surtout de l’UFC (Union de Femmes Chrétiennes). La palme d’or revient aux techniciens responsables au sein des cinq ligues de chorales que possède l’Eglise Evangélique du Cameroun. Ces ligues sont MEYCAM, USCAM, Chérubins, N’Dabassié et NACAM. Les instrumentistes de ces fédérations de groupes choraux ne se sentent plus liés à la religiosité traditionnelle lorsqu’ils guident les uns et les autres dans la louange à Christ en se servant du passé musical pour l’animation du culte. Ils le font pour Jésus-Christ en utilisant à bon escient les outils et les symboles de la vie préchrétienne. On remarque que les non-chrétiens se retrouvent dans ce que ces derniers font et s’engagent aussi à suivre Jésus-Christ et à vivre selon les exigences de l’Evangile. L’Eglise Evangélique du Cameroun réussit dans sa mission parce qu’elle a trouvé dans une telle entreprise le moyen de contextualiser ou d’inculturer les valeurs de l’Evangile.

Mieux que la musique avec tout ce que cela comporte, la langue maternelle qui appartient au peuple sert de lien continu entre Evangile et Culture. Le professeur Bediako en a fait un point important dans le développement de sa pensée théologique. Dieu parle aux hommes dans la langue de leur cœur qui est langue maternelle. Elle est donc un outil théologique. Si c’est au niveau du cœur que la vraie rencontre avec Dieu se déroule pour une conversion réelle à Christ, la valeur missionnaire de la langue maternelle devient inaliénable. C’est pour cela que les protestants dans leurs multiples missions d’évangélisation ont mis beaucoup d’accents sur les traductions de la Bible, des cantiques, de la liturgie et même de certaines prières circonstancielles. Que la nouvelle foi chrétienne soit si apte à se servir des mots, des expressions des proverbes et même des réalités de chez pour que l’Evangile s’incarne chez nous est le signe d’une continuité des valeurs de vie ancestrale chez les disciples de Jésus-Christ.

Conclusion: On l’appellera Emmanuel ou Dieu avec nous

Entre Evangile et Culture, la grande nouveauté c’est Jésus-Christ. Rappelons-nous qu’en cette période de l’Avent qui nous prépare à célébrer à Noël l’incarnation du Seigneur, un autre nom de Jésus-Christ est Emmanuel. C’est-à-dire Dieu avec nous et non Dieu contre nous. A partir de cette appellation, un théologien du nom de Richard Nieburh a développé la notion de Jésus des cultures[4]où il démontre que Jésus n’est pas contre les cultures, mais qu’il s’est fait chair pour habiter avec les hommes dans leur culture qui s’est mise en place avec sa parfaite connaissance car«…rien de ce qui a été fait n’a été fait sans lui. En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes…il est venu chez les siens mais les siens ne l’ont pas reconnu…(Jean 1 : 1-18)». Par sa préexistence et sa perpétuelle présence, Jésus transcende les cultures de différents peuples et nations. Par nature, il est continu dans le temps et dans l’espace. En tant que l’Alpha et l’Omega de toute la création, Jésus qui est aujourd’hui est celui qui a toujours été et est en même temps celui qui vient.

Il pardonne aux hommes et femmes qui pèchent pour maintenir sans interruption une relation intime et continue avec le genre humain qu’Il aime tant. L’être, l’essence humaine et l’apparence morphologique du pécheur ne change pas lors du processus de la conversion. Les possessions matérielles acquises en période d’ignorance doivent être réorientées pour servir la gloire de Dieu et non être abandonnées ni brûlées. La présence continue de Dieu se voit dans les liens de mariage et de famille, dans les liens d’appartenance à un groupe, à une communauté ou à une nation. Dans le cas spécifique de Paul et surtout de Augustin d’Hippone, la continuité s’observe dans les œuvres importantes d’une mère dévouée, de la formation intellectuelle, civile et administrative. Le souvenir ou droit de mémoire des bienfaits de Dieu dans tout l’itinéraire de notre vie, avant, pendant et après notre participation aux multiples sacrements et bénédictions publiques constitue le socle d’une relation continue entre Evangile et Culture. Garde toi d’oublier ce que Dieu en Jésus-Christ a fait pour toi depuis les temps d’ignorance jusqu’à présent; car, le souvenir des actes de salut du Dieu qui est, qui a été et qui vient sert de lien continue entre Evangile et Culture.

Pascal FOSSOUO – 71118986-

 


[1]Ces deux noms désignent la même personne. Son nom à la naissance est Notchwegom. Mais sa bravoure poussa son père à l’appeler Du’gneshom.

[2] Andrew Walls, « Of Ivory Towers and Ashrams : Some reflections on theological scholarship in Africa », in Journal of African Christian Thought, Vol. 3, No. 1, June 2000, Akropong – Akuapem, p. 4.

[3] Sœur Gisèle est française d’origine. Elle a travaillé pendant plusieurs décennies au sein de l’Eglise Evangélique du Cameroun. Elle était basée à Ndoungué.

[4]Richard Nieburh, Christ and Culture, Orbis Books, 1975.

Last Updated on Wednesday, 12 February 2014 07:28